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Changer la notion de soins, une urgence pour le système de santé

2e article d’un dossier de quatre concernant les évolutions nécessaires du système et de la culture santé en France.

Bien avant l’épidémie de coronavirus, la notion de soins a suscité en France plusieurs débats, n’en témoigne le modèle de soins primaires adopté dans les années 60, associé aux soins de premiers recours. Parcours de soins, parcours de santé, parcours de vie… Au premier regard, la pluralité des appellations pourrait laisser penser à une simple catégorisation façon poupée russe. Mais elle est symptomatique d’une tendance à la française : la polarisation du système sur la maladie et son traitement, la réparation plutôt que l’évitement.

Or s’il y a une chose que les dix dernières années ont révélé, c’est que la définition du soin, limitée aux seuls actes de rétablir la santé, a atteint ses limites. Il faut aujourd’hui changer de dogme et redonner au soin sa définition pleine et entière, en réintégrant son volet conservation de la santé, et donc de prévention.

Revenir à l’esprit d’origine du concept de « soins primaires » ?

La notion de soins primaires a été actée dans les années 60 et fait l’objet, en France, d’une définition spécifique, centrée sur la réparation due à une maladie ou un accident. Elle comprend en effet le diagnostic médical, le traitement et suivi [1] ainsi que la notion de soins de premier recours.

D’après l’Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé (IRDES), l’adoption de la définition a fait l’objet de nombreux débats[2], pour finir par aboutir à la loi Hôpital Patients Santé et Territoires (HPST) de 2009, proposant une définition des soins de premier recours dans son titre II : « Accès de tous à des soins de qualité ».

« Les soins de premier recours comprennent :

– la prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement et le suivi des patients ;

– la dispensation et l’administration des médicaments, produits et dispositifs médicaux, ainsi que le conseil pharmaceutique ;

– l’orientation dans le système de soins et le secteur médico-social ;

– l’éducation pour la santé. »

En théorie, la France intègre la prévention dans les soins de premier recours. Dans les faits, la version « hospitalo-centrée » l’en a progressivement écartée.

Si l’on compare notre conception à la définition mondiale, la France est extrêmement en retard. En 2018, l’OMS définissait les soins de santé primaires comme « une approche globale de la santé et du bien‑être centrée sur les besoins et les préférences des individus, des familles et des communautés. Elle recouvre des déterminants de la santé plus larges et met l’accent sur le bien‑être et la santé physique, mentale et sociale, considérés dans leur ensemble et de manière interdépendante [3]».

La crise du COVID19 semble donner raison à l’OMS, en soulignant la bombe à retardement que représentent les maladies liées aux habitudes de vie et l’importance des trois types de prévention (primaire, secondaire et tertiaire). Réintégrer l’ « évitement » des maladies dans notre notion de soins est aujourd’hui une obligation sanitaire, sociale et économique. (Voir notre article sur la hiérarchie des capacités stratégiques du système de santé en France).

L’explosion des maladies liées aux habitudes de vie nous force à revoir la notion de soins

D’ici 2030, 70 % des décès dans le monde devraient être imputés aux maladies liées aux habitudes de vie. Une augmentation corrélée au vieillissement de la population (à même horizon, les plus de 65 ans devraient présenter en moyenne 4 à 6 pathologies par personne selon le Leem [4]), mais aussi à nos modes de vie. Car il ne s’agit pas d’un seul problème démographique, mais bien d’un problème sanitaire : si l’espérance de vie en bonne santé stagne depuis quelques années, c’est surtout l’augmentation des décès précoces évitables, qui suscite l’inquiétude.

A titre d’exemple, en France :

  • 2 adultes sur 3 seront touchés par une maladie cardiovasculaire alors même que 8 incidents sur 10 sont évitables par une bonne hygiène de vie
  • 1 personne sur 6 est obèse et 1 adulte sur 2 est en surpoids
  • Le taux de mortalité précoce des hommes de moins de 65 ans est un des plus élevés d’Europe. 30 à 40 % de ces décès prématurés pourraient être évités [5]

Et la polarisation sur le soin ne fait pas que limiter notre capacité à prévenir en amont la maladie. Elle augmente également les risques de retourner en soins, comme le souligne les données sur les AVC : après un premier incident, le risque de récidive est estimé entre 30 et 43 % à cinq ans.

Plusieurs conclusions peuvent être tirées de ces données :

  • La gravité de ces maladies, les comorbidités et les récidives peuvent être réduites,
  • Le nombre de cas, et de décès, peut être considérablement diminué si une véritable stratégie de prévention est mise en place.

Outre les enjeux sociaux, sanitaires et économiques immédiats que représentent leur explosion, les maladies liées aux habitudes de vie nous rendent vulnérables à d’autres épidémies, comme ces derniers mois l’ont souligné. Près de 20 millions de Français étaient ainsi identifiés comme à risque pour le COVID19 par le Conseil Scientifique en mai 2020.

Hors coronavirus, si l’on additionne les patients en ALD ainsi que les patients atteints de maladies chroniques, ce sont près de 30 millions de personnes qui présentent des risques de décès prématurés, dont une large partie serait évitable.

A condition de changer notre conception du soin.

Changer notre conception du soin

Au regard de ces données, il est urgent de redonner à la notion française de « soins » son volet conservation de la santé, au sens de préservation du capital santé et de prévention de l’apparition des maladies et de leurs récidives. Si l’hôpital est le cœur du système de santé Français, d’autres pays ont fait le choix d’un système de soins primaires fondés sur le modèle professionnel hiérarchisé, avec le médecin généraliste comme pivot (Royaume-Uni, Pays-Bas, Australie, Nouvelle-Zélande).

Un modèle qui fait toutefois toujours peser la charge, notamment économique, sur le secteur public. Or, la réalité financière du système de santé actuel ne permet pas d’élargir la notion de soins. D’autre part, et comme le montre plusieurs réactions d’associations de patients suite à l’annonce du Ségur de la santé, cette transition ne pourra se faire sans les patients/individus, qui doivent être impliqués bien avant la maladie.

Une proposition française : la prise en charge préventive

Vivoptim Solutions a opté pour une autre approche, dans une double logique : désenclaver le secteur public et le soin, en y associant les patients mais aussi les acteurs émergents de la santé dans une logique de responsabilité et d’action collective, tout en maintenant un encadrement par des professionnels de santé.

Cette approche, c’est la prise en charge préventive portée par Vivoptim Solutions. Un concept qui a pour but de changer la façon de concevoir la santé, de prévenir l’apparition des maladies liées aux habitudes de vie et de réduire leurs risques d’aggravation.

La prise en charge préventive consiste à proposer un accompagnement personnalisé élaboré à partir d’un protocole médicalisé préventif associé à une plateforme téléphonique de télésuivi et de coaching animé par des professionnels de santé.

Elle peut être déployée par les acteurs privés (mutuelles, entreprises…) comme publics, avant ou après un épisode de « soins ».

Rendez-vous la semaine prochaine pour le 3e article de ce dossier concernant les évolutions nécessaires du système et de la culture santé en France.

[1]http://www.sfmg.org/data/generateur/generateur_fiche/805/fichier_fiche3_soins_primaires51e8e.pdf

[2] https://www.irdes.fr/documentation/syntheses/soins-de-sante-primaires.pdf

[3] https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/primary-health-care

[4] https://www.leem.org/comment-vont-les-francais

[5] https://www.leem.org/comment-vont-les-francais

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